Le camp de Natzweiler-Struthof

Le camp de Natzweiler-Struthof en Alsace

 

Créé depuis mai 1941, au lieu dit « le Struthof », le camp de concentration KL*-Natzweiler est le seul camp de concentration sur le territoire français. Il est situé dans l'Alsace annexée et fait partie d'un réseau de près de 70 camps répartis des deux côtés du Rhin. 52 000 déportés sont passés par le KL-Na de 1941 à 1944. Ils devaient travailler au profit de l’industrie de guerre nazie et parfois subir des expérimentations médicales par des professeurs nazis de l'Université du Reich de Strasbourg.

Le 23 novembre 1944, les Alliés découvrent le site évacué par les nazis depuis septembre. Mais, pour certains déportés des camps annexes, le calvaire se prolonge au cours du printemps 1945 par les marches de la mort. En effet, ordre a été donné d'évacuer les déportés du camp vers l'Allemagne.

 

* Remarque : la quasi-totalité des documents d'archives concernant le camp de concentration nazi de Natzweiler portent la mention "KL-Natzweiler" ou "KL-Na" et non "KZ", comme il est plus courant de le lire concernant les autres camps, et comme il est maintenant d'usage dans les études historiques.

 Entrée du camp de Natzweiler-Struthof

 

Témoignage d'un rescapé du camp, le docteur Bogaerts :                                                                       

 « Venant de Sachsenhausen, j’ai pu bien vite juger de la différence qui pouvait exister entre les camps et comprendre toute la signification de cette singulière appellation dont nous étions affublés : NN (Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard). Nous étions déjà rayés de la liste des vivants, tout simplement.
Certes, comme tous les Camps, Natzweiler reste tristement célèbre pour ses exécutions plus ou moins sommaires, ses soi-disant expériences médicales, sa chambre à gaz et ses tortures. Mais ce qui reste le plus enraciné en nous, c’est le souvenir de cette extermination lente et inexorable, par la déchéance physique voulue par les disciples de Hitler, sinistrement dosée, et qui, dans l’esprit de ces messieurs, devait aboutir à la déchéance morale et à la mort. Tel était bien, d’ailleurs, le plan d’un Kramer, alors Commandant du Camp, de triste mémoire.
Faut-il rappeler le travail épuisant, déjà trop lourd pour des individus valides ; le manque de nourriture, la brutalité et la bestialité de nos gardiens et de certains kapos ; le manque de repos, les longues stations debout, les appels interminables, quel que fut le temps, les corvées harassantes et inutiles. Et ce, dans un camp qui, par sa structure et sa situation géographique, constituait déjà un danger permanent pour notre santé.
Faut-il rappeler le typhus, la tuberculose, les dysenteries et autres maladies qui décimaient nos rangs sans que nous, médecins, puissions y remédier, faute de médicaments.
Oui, il fallait un solide courage moral pour maintenir l’équilibre physiologique qui permette la survie, dans de telles conditions. Heureusement pour les survivants, un facteur important a joué : l’Amitié et la Solidarité. Et s’il nous est donné aujourd’hui le plaisir de nous retrouver, c’est que chacun d’entre nous, au moins une fois, a trouvé un camarade qui lui a tendu la main, au bon moment, que ce soit par un morceau de pain, un peu d’aide ou une simple parole de réconfort.
Cette Solidarité et cette Amitié ont passé outre aux différences d’opinions, de classes sociales et même, et surtout, de nationalités. Et cette Solidarité internationale, nous sommes fiers de l’avoir maintenue vivante, comme en témoigne ici la présence de mon ami, François Faure, Président du Comité International du Camp de Natzweiler-Struthof, qui représente nos amis français, luxembourgeois, hollandais, allemands…
S’il nous reste donc un rôle à jouer, dans nos pays respectifs, c’est bien celui de donner l’exemple de l’Amitié et de la Solidarité ; de prouver aux hommes de bonne volonté et épris de liberté qu’il est, non seulement possible, mais nécessaire, de s’unir au-delà des convictions philosophiques, des classes sociales et des nationalités, pour que demain nos enfants puissent vivre libres, dans une Europe unie et un monde en  paix
».                                                   

                                                                                                                                                                                                           
Discours du Docteur Bogaerts, remettant au Président de l’Amicale belge des NN de Natzweiler-Struthof, Maurice Bruyninckx, son nouveau drapeau, publié dans KL Na, bulletin de l’Amicale des Déportés et Famille de Disparus de Natzweiler-Struthof et ses Kommandos, n°2, 1973.
Bogaerts avait été déporté à Natzweiler où il était chef du revier du printemprs 1944 jusqu’à l’évacuation du camp.