L'épuration

 

A partir de juin 1944, une violente répression visant les personnes ayant collaboré avec les autorités d’occupation allemandes se développe. Le désir de vengeance et les règlements de compte amènent Résistants et populations à s’en prendre aux collaborateurs ou considérés comme tels. C’est l’épuration.

 

L’image la plus emblématique, et souvent montrée en exemple pour ce qui est de l’épuration extrajudiciaire, est celle des femmes tondues publiquement à la Libération. Accusées d’avoir collaboré avec les Allemands, plus précisément accusées de « collaboration horizontale », c’est à dire d’avoir eu des relations sexuelles avec l'occupant, elles sont punies et certaines injustices sont commises. Selon certains historiens, la tonte est un moyen de se débarrasser de ce qui gêne, l’image de la défaite, de la soumission, sans prendre beaucoup de risque, et comme une cérémonie de reconquête du corps féminin.

 

 

Au cours du rituel public de la tonte, certains tracent la croix gammée à la peinture ou au goudron ; d'autres « sculptent » avec des ciseaux sur le crâne ou dessinent sur le visage, les seins, les fesses, voire le corps entier de la tondue. Ici, la photographie montre la "tonte".

 Tonte d'une femme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après cette étape et une fois les autorités rétablies, l’épuration judiciaire prend le relai. Elle s’exerce par l’intermédiaire de juridictions, comme la Haute Cour de justice (créée le 18 novembre 1944 ayant pour mission de juger les accusations de haute trahison), les cours de justice et les chambres civiques (pour les actions non réprimées par le code pénal). Les peines prononcées vont de la déchéance des droits civiques à la peine de mort.

 

 

Un exemple d'épuration judiciaire, la condamnation à mort de Pierre Laval.

 

Pierre Laval est un homme politique français né le 28 juin 1883. Issu d'une famille modeste, il devient avocat à force de travail et d'obstination. Politiquement engagé à gauche, il devient député sous l'étiquette socialiste révolutionnaire. Il quitte le courant socialiste après la perte de son siège de député en 1919 et l'apparition du parti communiste en 1920. Puis il entame un virage à droite et occupe à plusieurs reprise entre 1931 et 1936, la présidence du Conseil. En 1936, il se montre un farouche adversaire du Front Populaire.

 

Pendant l'occupation allemande, Pierre Laval développe une politique de collaboration très appréciée de l'occupant. Il devient chef du gouvernement d'avril 1942 à août 1944. C'est sous son autorité que le S.T.O., Service du Travail Obligatoire, est créé ainsi que la Milice. À l'arrivée des troupes alliées, Laval est évacué par les Allemands vers la forteresse de Sigmaringen. Réfugié en Espagne ensuite, il est livré par Franco aux Américains qui le remettent à la France. Haï de tous, il est jugé en octobre 1945 et condamné à mort au terme d'un procès. Malgré des demandes de grâce adressées au général de Gaulle et après une tentative de suicide, il est fusillé le 15 octobre 1945 sur un sentier le long de la prison de Fresnes.

 

En conclusion, près de 350 000 Français furent concernés par l'épuration, mais seuls 100 000 ont été condamnés et environ 3 300 ont été exécutés. Quant aux exécutions extrajudiciaires, on évalue leur nombre à 1 600.

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